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Auschwitz est un nom qui résonne en nous tous. C’est plus qu’un camp d’extermination. Plus fort qu’un symbole, plus puissant qu’un sanctuaire. C’est un cimetière à vif.
On peut penser qu’il est inutile de s’y rendre. On peut y voir une forme de voyeurisme, une attirance pour le sordide.
J’ai douté de la nécessité d’un telle visite. J’étais ambivalente.

Faire de ce camp un musée, faire défiler des centaines de touristes quotidiennement n’est il pas la plus grande des banalisations de la Shoah? Est ce l’irrespect ultime ou l’inverse le respect absolu? Les témoignages des survivants ne suffisent il pas? Il existe tellement d’œuvre relatant l’Holocauste pourquoi le besoin de profaner ce lieu? Est ce notre devoir de mémoire, un sanctuaire vers lequel nous venons nous receuillir?

Nous sommes comme ça ici bas. Nous avons besoin d’un lieu. Nous aimons sacraliser ce dont nous ne pouvons nous repentir.
Je reviens à peine du camp des camps.Rien ne vous prépare à Auschwitz. Pas même les nombreux témoignages.
1100000 personnes sont mortes en ce seul lieu. Il y’ avait des hommes, des femmes, des enfants, des juifs, des tsiganes, des homosexuels, des apatrides, des communistes, des résistants, des témoins de Jéhovah, des francs maçons, des slaves, des intellectuels, des personnes handicapées…
Il y’ avait l’humanité toute entière. L’humanité non conforme pour les nazis.

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Il existe de multiples raisons de venir dans ce sanctuaire. Chacun à la sienne: comprendre, témoigner, se dire j’y etais, se recueillir, rendre hommage, réfléchir, compatir, pleurer, imaginer, entrevoir une parcelle de la réalité, ressentir.
La mienne était motivée par la compassion et la rehumanisation des silhouettes rayées. Je ne me suis pas simplement dit et si cela avait été moi mais si j’avais été eux. Rien de plus difficile que de se glisser dans la peau d’un inconnu de l’Histoire.
Rares sont les peuples victimes de genocide possédant un lieu symbole. Alors Auschwitz leur appartient aussi.

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C’est Pour les kurdes, les arméniens, les bosniaques, les indiens d’ameriques, les aborigènes, les assyriens, les tutsis…

Le genocide d’un peuple est aussi celui de toute l’humanité. On présente souvent l’Holocauste comme la plus grande extermination. Hiérarchiser les souffrances des peuples est inutile. Tomber dans la comparaison est sordide.
À Auschwitz vous verrez une montagne de chaussures, des milliers de lunettes empilées formant un tapis, des habits par milliers. Ce sont des reliques. On les conserve désormais comme on garde religieusement les objets des Saints.

On les regarde et on frissonne. On fixe une chaussure et on imagine la vie de la personne qui la portait.

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On voit une chaussure plus petite que les autres, celle d’un enfant. On imagine sa terreur. On pense convoi, bruit du traîn, odeurs, peur, noir, hiver glacial polonais.

Puis on pense à Pétain et à Papon. Ils ont livré les enfants juifs à Hitler, comme ça, sans raison. Ce n’était pas la demande de l’allemand.

Ils étaient 14000 enfants juifs français déportés.28000 petites chaussures. 28000 petits pieds déchaussés dans l’horreur.

Les chiffres ne sont pas utiles. Une seule chaussure est déjà de trop.
On voit parmis les milliers de visages la photo de la petite Simone Jacob qui deviendra la grande Simone Veil. Oui, la Simone Veil de notre pilule a vécu l’horreur de la déportation.Quel courage et quelle force. Survivre à Auschwitz, vivre, puis se battre pour toutes les femmes.

Je n’ai jamais compris le négationnisme, je le comprends encore moins. Il faudrait montrer aux négationnistes les murs des chambres crématoires portant encore les traces des souffrances humaines. Ces stigmates sont celles laissées par la douleur causée par la diffusion des gaz. Des morceaux d’ongles sont incrustés dans les murs. Imaginez un niveau de douleur tel que vos mains griffent le béton et vos ongles restent figés dans les murs.
On pourrait sortir d’Auswitz horrifié mais soulagé. Naïvement, On aimerait se dire que le passé est révolu. On voudrait penser que c’est loin tout ca. Puis c’est déjà dans nos livres d’histoire depuis tellement longtemps.
J’aurais aimé conclure simplement en disant : plus jamais ça. Plus aucun génocide sur terre, plus aucun camp, plus de silhouette cadavérique, plus aucune petite chaussure abandonnée.
75 ans nous sépare d’Auschiwtz. Une vie humaine. Une poussière dans l’Histoire Humaine. Tellement proche , tellement loin.
On évoque souvent le devoir de mémoire. Je crois aux devoirs du présent et d’avenir. Le recueillement du aux horreurs passées devrait être transformé en énergie pour prendre conscience des horreurs du temps présent.

Encore aujourd’hui il y’a des camps concentrationnaires et des génocides. En Birmanie on extermine les musulmans, en Corée du Nord il y’ a des camps de concentration. Poutine a réouvert les goulags pour les opposants politiques.

Des Auschwitzs existent encore aujourd’hui. Peut être ne sont ils pas de la même ampleur mais ils sont là.

Comment les européens pouvaient ignorer l’existence des camps durant la seconde guerre mondiale?

Ils faisaient comme nous. Ils fermaient les yeux et vivaient. L’ignorance est bénie.

Pourquoi Auschwitz ? Pourquoi des millions de morts? Pourquoi Hitler?
L’Allemagne des années trente connaît un crise économique majeure créant chômage, misère, humiliation, sentiment de déchéance.L’Allemagne toute entière connaît une crise identitaire.
Humiliée, il lui faut un bouc émissaire, un ennemi intérieur et extérieur, un voleur, un élément responsable.Ce sera le juif.
Affaiblie, il lui faut un leader, un homme fort, un démagogue, un populiste, un homme providentiel. Ce sera Hitler.

L’histoire on la connaît tous. Ça commence par la stigmatisation d’une population que l’on désigne responsable des maux d’ une société sur le déclin et ça se termine par Auschwitz.
Cela ne vous rappelle rien ?
On aimerait croire que l’Histoire est linéaire, faite de progrès et de grandes avancées. En réalité, elle est cyclique. Parfois on fait un pas en avant puis dix pas en arrière.
On souhaiterait que les allemands ayant voté démocratiquement pour Hitler en 1933 sont différents des français de 2017.
On aimerait croire que l’on ne stigmatise plus une population. On voudrait s’imaginer  plus intelligent.
Je ne sais pas si l’on tire des leçons du passé.
Terminer par la citation d’un autre est toujours plus fort, surtout si l’on ne sait pas dire mieux : « Celui qui oublie l’histoire se condamne à la revivre » George Santayana.

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